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Lu dans une revue
'le propre de la rumeur est sa diffusion par déformation'
stop
'constituerait le paradigme de notre société en réseau, virtuelle et virale'
stop
'tentaculaire, elle procède de la dilatation dans l'espace et dans le temps et se transmet sans fournir de mode d'emploi'
stop
'nous transforme irrémédiablement en coauteur et en complice au moment même où nous la répétons'
Elle commence à peine à écrire et déjà sa batterie s’annonce faible. Celle de son ordinateur, celle qui régit la biomécanique de son corps aussi. Elle se sent vidée mais poursuit.
Fichier. Nouveau. Document vide. Ok. Sur une page blanche, elle écrit :
r u m e u r
Elle y ajoute un point d’interrogation - était-ce une rumeur ? - puis le retire.
+ J’ai rêvé d’une rumeur, c’est ça, c’est sûr le mot rumeur résonne encore dans ma tête. J’essayais de revenir en arrière, me replonger dans le sommeil, recoller les morceaux éparses de fantômes et de fantasmes mais je n’arrivais qu’à me replonger dans le réveil, entre-deux troublant où le rêve est encore là, léger comme un voile, une brume qui se lève, pour laisser place au grand jour. C’est à ce moment là que tu cherches la vérité, la part de réalité dans ton rêve et celle de la fiction dans ton quotidien, toujours déstabilisant quand les faits du réel viennent alimenter voire soutenir la fiction de tes rêves. Mais comment, comment ai-je pu construire une telle histoire ? Est-ce que cela signifie que, ce que je vis, en réalité, n’est pas tant éloigné de cette fiction ? Et si mon rêve était la prémonition d’une rumeur ?
Elle abandonne son ordinateur et prend des notes sur un carnet.++ Je me souviens d’un miroir, mon miroir, celui que j’ai déniché aux puces. Je me regardais dedans, je savais que c’était moi et pourtant je ne me reconnaissais pas. Je voyais une forme mouvante, j’essayais de stabiliser l’image en vain. Je me souviens d’une tension, d’un courant électrique. Je ne sais pas si j’ai lâché le miroir ou si je me suis éclatée la tête dedans mais il y avait du sang et des bouts de verre partout dans la pièce de cet appartement qui aurait pu être ma chambre. Dans les débris, l’image s’était fixée, il y avait des dizaines de milliers de bouts de verre qui révélaient l’image de cette fille qui me ressemblait étrangement.
Dans sa chambre, il y avait des tas de bouquins. Sur le dessus de la pile à côté de son lit, se trouvait un livre écorné : Le miroir des idées de Michel Tournier.f o n t a i n e n y m p h é e ?+++ Je me souviens d’une fontaine, je cherchais de l’eau pour m’enlever ce sang des mains. Il y avait cette fontaine qui dans mon esprit ne pouvait être qu’un nymphée. Réminiscence d’une histoire, probablement celle de la grotte des Lupercales. De la découverte "réelle" de la source d’un récit fondateur restant infondé : la création de Rome.
Les Lupercales sont des fêtes annuelles célébrées le 15 février dans la Rome Antique en l’honneur de Faunus Lupercus, Dieu des Troupeaux, près de la grotte du même nom située au pied du Mont Palatin. Romulus et Remus furent découverts dans cette grotte par un berger et sa femme, la Lupa. On-dit-que la Lupa (la louve pour l’Histoire, la prostituée pour l’histoire) aurait allaité là, les jumeaux.
Le ministre italien de la culture l’a annoncé, c’est officiel, les archéologues effectuant des fouilles au Palatin ont découvert la grotte ayant abrité les cérémonies des Lupercales et accueilli d’après légende la louve et les jumeaux. On-dit-aussi-que la grotte ne serait qu’un nymphée dépendant du palais impérial.
Nymphée – nom masculin. 1. Lieu ou sanctuaire dédié aux nymphes. 2. Construction (parfois une grotte artificielle) élevée au-dessus ou autour d’une source, d’une fontaine.l o u p++++ Je me lave les mains dans l’eau de la fontaine et j’imagine que la légende refait surface ; du moins la figure du loup m’apparaît (et je peux sentir la peur au ventre, précisément dans un ventre qui me fait mal). Un loup me frappe dans le dos (comme s’il cognait à ma porte). Lorsque je me retourne, je suis en haut d’une colline et je vois une meute de loups pénétrer une ville dont les enceintes sont formées d’écrans plats. Les loups envahissent la toile. Enfin, ils essaient, ils s’organisent. Aucun d’eux ne pénètrera la cité virtuelle, sauf un, le loup omega, le renégat.
De janvier à mars, c’est la saison des amours chez les loups. Lorsque deux dispersants se rencontrent et disposent d’un territoire, une nouvelle meute se forme. +++++ Un loup, un, s’est frayé un passage et c’est bien ce qui m’effraie. Pourtant j’ai une irrésistible envie de le rejoindre dans la cité. Suivre l’inconnu, l’inconnu qui conduit aux interdits (de nous deux je me demande bien qui est l’inconnu, qui est l’interdit). Plus je me rapproche de lui, plus je découvre son visage. Et plus jedécouvre son visage, plus il me ressemble. Nous nous découvrons finalement frère et soeur. Tandis que je cherche le miroir pour capturer ce visage, cette image, le loup poursuit son chemin dans la cité. Il est porteur d’un message, il parlait d’un cheval de Troie.
Elle avait retenu du cheval qu’il incarnait la féminité et que son arme était la fuite.b r o u i l l a r d++++++ Le loup c’est le roi de la débrouillardise, celui qui déjoue le brouillard, de jour comme de nuit. Au petit matin, je ne savais plus si ce brouillard épais n’était qu’un manteau, son manteau qui m’enveloppait, ou s’il m’avait eue le loup, s’il m’était réellement passé dessus.
Il fallait qu’elle se découvre, qu’elle se débarrasse de cette enveloppe. Le brouillard s’était levé désormais et tant mieux, elle avait l’intention d’aller puiser à la source une fable.
Extraire Le loup et la cigogne de Jean de la Fontaine Cette dernière phrase me troubla, je revoyais maintenant le loup se frayer un passage.
Bruits de pas dans les escaliers, elle sursaute, quelqu’un frappe à sa porte. (le len)demain elle (s’)écrit :b r o u i l l a r d p a s s a g e écriture d’appartement prémonitoire ou comment ouvrir une porte Les Loups mangent gloutonnement. Un Loup donc étant de frairie Se pressa, dit-on, tellement Qu’il en pensa perdre la vie : Un os lui demeura bien avant au gosier. De bonheur pour ce Loup, qui ne pouvait crier, Près de là passe une Cigogne. Il lui fait signe ; elle accourt. Voilà l’Opératrice aussitôt en besogne. Elle retira l’os ; puis, pour un si bon tour, Elle demanda son salaire. Votre salaire ? dit le Loup : Vous riez, ma bonne commère ! Quoi ? ce n’est pas encor beaucoup D’avoir de mon gosier retiré votre cou ? Allez, vous êtes une ingrate : Ne tombez jamais sous ma patte.